Le terroir dans la peau

J’ai découvert les huiles essentielles et l’aromathérapie au début des années 90, alors que je travaillais dans une petite boutique d’huiles essentielles sur la rue Saint-Denis, à Montréal. À cette époque, je les utilisais surtout en diffusion pour le bien-être qu’elles procuraient ou à des fins thérapeutiques pour des soins spécifiques. Les huiles essentielles m’ont toujours accompagnée, mais ce n’est que plusieurs années plus tard qu’elles se sont révélées à moi d’une tout autre façon.

Des notes musicales aux notes olfactives

En 2010, j’étais en réorientation de carrière. Je venais de consacrer les 10 dernières années à un projet de musique, un duo de voix et guitares acoustiques que je formais avec Mario. Lui et moi avons alors beaucoup parlé d’environnement; l’idée de nous investir plus dans ce domaine nous interpellait. Nous voulions faire partie de la solution, mais nous ne savions pas encore quelle serait la nature de notre implication.

Étant adepte du « do it yourself », je confectionnais déjà quelques produits de soins pour le corps, mais mon intention n’était pas de les vendre. Au départ, l’idée ne m’enchantait pas. Je préférais encourager les autres à fabriquer leurs propres produits et réduire ainsi au maximum l’usage unique des contenants. Mario m’a quand même encouragée à suivre une formation professionnelle de fabrication de produits corporels naturels, juste pour voir…

Une nouvelle passion

Dès le début du cours, j’ai été captivée par l’histoire des cosmétiques à travers les âges. Je me suis mise à dévorer littéralement tous les ouvrages que je trouvais sur le sujet. J’ai renoué avec mon amour pour les plantes médicinales et aromatiques et les huiles essentielles. Au fil des mois et des expérimentations, le chemin à suivre se traçait et ma passion grandissait.

J’ai réalisé assez vite que mon plus grand plaisir était de travailler avec les huiles essentielles. J’ai découvert le monde de la parfumerie naturelle que je ne connaissais pas, ce fut ma première révélation. Je m’y reconnaissais, les notes musicales se substituaient aux notes olfactives. Tous mes sens créatifs s’éveillaient à nouveau.

La deuxième révélation qui m’a donné l’élan de créer la gamme est venue d’une suggestion de Mario. Il m’a demandé de lui composer un parfum inspiré du territoire nordique. Il ne savait pas à quel point cette demande allait être pour moi une bougie d’allumage. En quête d’essences rares et précieuses venues des quatre coins du monde, voilà que je découvrais des matières totalement exotiques issues de notre propre terroir.

Je voulais tout sentir, tout essayer : le thé du Labrador, le peuplier baumier, la verge d’or, la carotte sauvage, la menthe bergamote, la monarde à géraniol, le myrique baumier, le foin d’odeur, la sauge blanche, la comptonie voyageuse, sans compter toutes les essences de conifères si chères à notre territoire. Je les aimais toutes et surtout, je voulais trouver une place de choix pour chacune d’elles dans mes produits.

Un tourbillon de création

J’ai plongé tête première dans ce tourbillon de création, d’idées, d’effervescence. Je voulais concevoir des soins pour le corps comportant une dimension culinaire et poétique et mettant en valeur la richesse du terroir québécois en intégrant le plus d’ingrédients locaux possibles.

Dans l’atelier, j’ai beaucoup écouté l’émission Bien dans son assiette animée par Francis Reddy. Elle m’accompagnait dans ma démarche, m’inspirait… vous dire à quel point je me sentais une parenté avec tous les artisans entendus au cours de cette émission!

Et le nom Varech et Lichen dans tout ça? Au début, je jonglais avec mes initiales VL et ces deux mots m’ont traversé l’esprit. Je n’ai pas réalisé tout le sens que porterait ce nom au départ, mais il signifie tellement pour moi aujourd’hui.

Le varech

Du normand warec, le varech, jusqu’au Moyen-Âge, ne désignait pas seulement l’algue, mais tout ce que la mer rejette sur les côtes. Dans cette optique, le varech est à mes yeux ce beau projet, comme un cadeau que la vie a apporté sur mon rivage au moment où je ne voyais rien qui me comblerait autant que la musique.

L’algue représente l’ancêtre de toutes les plantes terrestres selon certains biologistes. C’est donc un retour aux sources, aux origines. Revenir à des soins plus simples, comme ceux que nos ancêtres préparaient à partir de matières naturelles et saines, avant l’ère industrielle qui nous a éloignés de cette autonomie dans la fabrication. Le varech est un grand filtreur de C02 et joue un rôle important au maintien d’un équilibre écologique. Évidemment, il est comestible comme devraient l’être nos cosmétiques! Il est aussi appelé le chêne des mers, ce qui m’amène à parler du lichen.

lichen

Le lichen

J’associais d’abord le lichen à la mousse de chêne (Evernia prunastri), cette précieuse matière utilisée en parfumerie. Mais au fil de mes recherches sur le lichen, j’ai découvert un organisme fascinant qui ne cesse de m’étonner. Tout d’abord, cette symbiose entre une algue et un champignon : l’algue, capable de tirer l’énergie du soleil par la photosynthèse mais dépourvue de racines, et le champignon, incapable de photosynthèse mais protégeant l’algue et lui apportant l’eau et les sels minéraux tirés du sol. Je ne peux m’empêcher de voir dans cette complémentarité une analogie de la relation entre Mario et moi, mais aussi entre les humains et la nature. Sans ce respect, cette symbiose et cette entraide mutuelle, nous ne pourrions survivre.

Les lichens font partie des plantes pionnières. Ils sont présents sur la terre depuis le Cambrien, soit plus de 540 millions d’années. Ils sont un bon indicateur de la qualité de l’air environnant. Je lisais dernièrement dans le livre L’Arbre, une vie de David Suzuki que très peu d’espèces végétales croissent sans partenaire fongique. Des fossiles retrouvés datant de 4 millions d’années laissent croire que cette dépendance existait déjà chez les premières plantes qui ont colonisé les continents.

Le terroir dans la peau

Maintenant que notre belle gamme de produits corporels 100 % naturels est lancée, j’espère sincèrement que vous aurez autant de plaisir à la découvrir que j’en ai à les confectionner et que vous pourrez dire à votre tour : « J’ai le terroir dans la peau »!

Viviane

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