La parfumerie naturelle

atelier conception produits corporels naturels

Si ce n’était de la parfumerie naturelle, je ne fabriquerais certainement pas de parfums étant donné mon intolérance aux molécules de synthèse. J’ai toujours été incapable de porter du parfum, mais j’ai tout de même constamment cherché LE parfum que je pourrais supporter plus de 10 minutes. J’en ai essayé beaucoup, sans succès.

D’ailleurs, méfiez-vous du mot « naturel » quand vous achetez un parfum dans les grandes surfaces ou en pharmacie. J’ai fait le test plusieurs fois et je peux vous assurer qu’aucun d’eux ne peut prétendre être 100 % naturel et exempt de molécules de synthèse… aucun!

Du savon au parfum

Dans mon atelier, je travaillais déjà avec les huiles essentielles avec lesquelles je parfumais mes savons. À force de respirer ces essences, même pures, sans jamais être incommodée, l’idée m’est venue de produire un parfum uniquement avec des huiles essentielles. Je ne connaissais rien à ce moment de la pyramide olfactive et des lois régissant la construction d’un parfum, mais j’ai voulu en savoir plus.

J’avais toujours associé les huiles essentielles à l’aromathérapie, sans jamais réaliser que ces mêmes essences sont à la base de la parfumerie. Sans le savoir, je venais de trouver ma voie. J’allais créer des parfums inspirés des méthodes traditionnelles, mais uniquement avec des matières naturelles.

D’abord autodidacte, j’ai commencé à m’éduquer et à me familiariser avec différentes matières premières, dont les absolues et les résines pour me faire le nez! J’ai ensuite suivi plusieurs formations en parfumerie, dont une particulièrement marquante avec la talentueuse Charna Ethier au Rhode Island.

Plusieurs ouvrages écrits par des figures de proue de la parfumerie naturelle, dont Mandy Aftel et Ayala Moriel, sont devenus mes livres de référence et une source d’inspiration. J’y reviens constamment.

Avant la synthèse… un peu d’histoire

La palette du parfumeur botanique est composée d’huiles essentielles pures, d’absolues, de résines et de gommes naturelles. Après avoir été boudée par la parfumerie traditionnelle qui a émergé avec les premières molécules de synthèse au début du 20e siècle, la parfumerie botanique fait un retour en force depuis quelques années.

Si on remonte dans le temps, la première civilisation à avoir le plus marqué l’histoire de la parfumerie est incontestablement l’Égypte. Les Égyptiens brûlaient des substances aromatiques, telles que la myrrhe, le roseau odorant et les baies de genièvre, au moment de la mort d’un proche pour permettre à l’âme de s’élever vers l’au-delà. Une façon aussi de se rapprocher des dieux en échappant à la putréfaction des corps.

Loin de servir uniquement aux rites sacrés, les parfums étaient utilisés dans la vie quotidienne pour leurs propriétés médicinales et également pour leur pouvoir de séduction.

En France, la parfumerie a fait son apparition avec les maîtres gantiers parfumeurs à Grasse. À l’origine, les parfums servaient à masquer l’odeur nauséabonde des tanneries où se fabriquaient les gants de cuir. Les matières les plus employées à l’époque étaient le musc, l’ambre et la civette.

Raconter une histoire

Mon intérêt pour les parfums vient surtout de leur pouvoir d’évocation. J’aime construire un tableau à partir d’une essence. Pour le parfum ENCENS CITRON, mon point de départ était le thé du Labrador à l’odeur complexe et riche en limonène, à laquelle j’ai notamment associé de la sauge blanche, de la myrte citronné, de l’encens, de la menthe bergamote, du néroli et de la mousse de chêne.

Mais l’histoire sous-jacente est liée aux nations autochtones du Québec, qui utilisent le thé du Labrador depuis toujours comme plante médicinale et la sauge blanche comme encens traditionnel de purification.

Au fil des années et des lectures, j’ai été amenée à constater l’important savoir que les Premières Nations nous ont généreusement transmis sur les plantes médicinales indigènes et comestibles d’ici. Encore aujourd’hui, à la lumière de leurs connaissances, nous pouvons en apprendre beaucoup au sujet de la biodiversité et de la façon de vivre avec la nature de manière durable.

Marier les essences

C’est la partie du travail que je préfère. Marier les essences pour créer un parfum. Je suis toujours à l’affût de nouvelles matières premières à essayer. J’aime comparer une même essence selon la région du monde où elle est produite, chacune ayant son terroir propre et étant issue d’un savoir-faire particulier sur le plan de la distillation, qui est un véritable art en soi.

Composer un parfum demande une part d’expérimentation et une part d’intuition, mais cela exige surtout du temps. Le temps de laisser les essences se rencontrer et cohabiter afin de voir leur réelle interaction après quelques semaines. Certains mariages sont heureux, d’autres le sont moins et dans ce cas, il faut souvent tout recommencer.

Bien que l’appréciation d’un parfum soit subjective, certaines règles doivent être respectées. Le parfum doit être bien construit, équilibré, cohérent et, surtout, il doit tenir plus que quelques minutes… le défi avec les matières naturelles, beaucoup moins tenaces que leurs pendants synthétiques!

viviane atelier parfum

Une parfumerie plus saine

De plus en plus de gens se tournent aujourd’hui vers une parfumerie plus saine, plus près de celle qui était pratiquée jadis, et ce, depuis la nuit des temps! Les méthodes de distillation et d’extraction s’étant perfectionnées depuis, les créateurs de parfums dits artisanaux, biologiques, naturels ou de niche bénéficient aujourd’hui d’une plus grande palette pour créer de magnifiques tableaux olfactifs.

Certaines matières naturelles ont toutefois été abandonnées pour des raisons éthiques et environnementales, comme le musc, qui était extrait des glandes abdominales d’un cerf d’Asie centrale, ou le bois de rose qui, surexploité, est maintenant menacé d’extinction. On leur préfère aujourd’hui les graines d’ambrette provenant d’une variété d’hibiscus et le bois de Hô.

Bien évidemment, les matières animales apportaient certainement une part incontestable de « va-va-voom » aux parfums, leur conférant une dimension plus charnelle et organique. Ce qui me fait penser à la phrase célèbre de Coco Chanel quand elle demanda à Ernest Beaux, créateur du fameux Chanel n°5, de lui composer un parfum de femme qui sent la femme!

On retrouve d’ailleurs du musc et de la civette en note de fond de l’original Chanel n°5. La civette était une substance sécrétée par une poche près des glandes génitales du petit animal du même nom. Interdite aujourd’hui, sauf sous sa forme synthétique, cette matière en très haute dilution apportait au parfum une chaleur animale et sensuelle.

L’odorat, ce mal-aimé

Ce sens directement lié à notre cerveau primitif a souvent été considéré comme sous-développé. L’odorat, ce mal-aimé, a fait l’objet d’une dévalorisation tant d’un point de vue moral, philosophique que psychanalytique.

À une certaine époque de la chrétienté, on consacrait l’encens à Dieu, mais on considérait diabolique l’envoûtement par les parfums auxquels avaient recours les alchimistes, les mages et les sorcières.

C’était un sens jugé vulgairement sensuel qui ne pouvait en rien se comparer à la vue, le sens noble par excellence. Selon Freud, l’odorat reste le lien le plus immédiat qui rattache l’homme à la terre et qui représente en lui la trace la plus marquée de son animalité.

Parfum solide, parfum botanique et eau de parfum

Dans la boutique, j’ai classé ainsi les différents parfums :

Les parfums solides sont faits à base d’huile et de cire d’abeille; on les appelait aussi concrètes de parfum à l’origine. Ils sont très concentrés en parfum, souvent à près de 30 %. Dans cette catégorie, je propose :

Ambre vert (galbanum, lime, basilic, coriandre, clou de girofle, ylang-ylang, jasmin, ambre, santal, vétiver)

Fougère (lavande, bois de Hô, géranium, rose, benjoin, vanille, mousse de chêne, patchouli)

Encens citron (thé du Labrador, sauge blanche, géranium, myrte citronné, menthe bergamote, néroli, encens, mousse de chêne)

Tabac miel (absolue de cire d’abeille, camomille, thym, néroli, sauge, peuplier baumier, tabac, foin, mousse de chêne)

Les parfums botaniques sont les parfums liquides à base d’huile de coco fractionnée. Ils ne contiennent pas d’alcool et ont une concentration pouvant aller de  25 % à 40 %. Dans cette catégorie j’offre le parfum Iris cardamome (cardamome, poivre noir, cumin, carotte, iris, rose, santal, patchouli) ainsi que la version liquide du parfum solide Tabac miel

Viennent ensuite les eaux de parfum, à base d’alcool et qui ont une concentration allant de 8 % à 15 %. Dans cette catégorie, vous trouverez la version liquide du parfum solide Encens citron (thé du Labrador, sauge blanche, géranium, menthe bergamote, néroli, encens, mousse de chêne).

L’empreinte olfactive

Le monde des odeurs est fascinant. L’odorat est pourtant le sens que l’on tient le plus pour acquis, et pourtant… des recherches auprès de patients atteints d’anosmie démontrent que la perte de l’odorat entraîne dans la plupart des cas des symptômes de dépression majeure pouvant mener au suicide.

Chacun possède une mémoire et une empreinte olfactive uniques, un répertoire de mille odeurs construit à même nos souvenirs les plus intimes.

Décrire une odeur est souvent une chose complexe, comme si les mots manquaient pour la décrire. C’est que ce sens n’est pas associé au langage, mais directement aux émotions, aux sentiments.

En terminant, je vous invite à être plus attentif aux odeurs qui vous entourent. Exercez-vous quand vous êtes dans la nature, sentez les arbres, l’humus sur le sol, la pierre qui chauffe au soleil, les champignons, les fleurs sauvages… et essayez de mettre des mots sur ce que vous sentez et ressentez.

Plus l’émotion associée à l’odeur sera grande, plus le souvenir sera persistant, laissant en vous une véritable empreinte olfactive.

Viviane

Quelques suggestions de lectures inspirantes sur le sujet :

Essence and Alchemy de Mandy Aftel
Le parfum du désir de Rachel Herz
Le parfum de Patrick Süskind
Foundation of Natural Perfumery d’Ayala Moriel
Fragrant de Mandy Aftel
L’art des parfums de Maurice Chastrette

Viviane

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